30 janvier 2007

Boulet City II, le retour du fils de la vengeance

(il revient…et il est super lourd)

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je considère que la vie serait vachement plus chiante si je ne pouvais pas aller remuer de temps en temps du popotin sur les dance floors. Certains fument ou boivent, font du sexe, vont au cinéma ou s’abrutissent devant les émissions de télé-réalité : chacun sa drogue, moi c’est – entre autres – danser, et comme toute pratique hautement addictive, celle-ci présente ses risques et ses effets secondaires non souhaités et gênants (oui, je m’amuse à lire les notices des boîtes de médicaments quand j’ai rien d’autre sous la main, ça laisse des séquelles au niveau du vocabulaire).

L’inconvénient majeur de pratiquer la danse ailleurs que dans son salon, c’est que beaucoup de gens confondent les boîtes de nuit et les soirées avec un supermarché ou un fast-food. D’où le nombre, parfois impressionnant, de ce que nous appellerons pudiquement les Morts de Faim, ou MDF (notez qu’à une lettre près, ça donne MLF – ou MDR – mais malheureusement, rien de comparable, car ça n’a rien de drôle, et encore moins de libérateur pour la femme. Hélas).

Qu’est-ce qu’un Mort de Faim ? La définition reste vaste et imprécise, car le MDF est multiple et polymorphe, ce qui le rend difficile à la fois à répertorier et à éviter. Nos chères amies Mistinguette et Bady nous en ont déjà évoqué quelques uns, avec le brio qu’on leur connaît. Cependant, penchons-nous aujourd’hui sur quelques exemples rencontrés et étudiés in vivo ce week-end, à savoir sur la piste de danse d’une soirée que nous qualifierons de gothique (la précision est importante pour la compréhension de la suite, si, si. Ou pas).

Notre premier spécimen s’est vu affublé du charmant sobriquet de Monsieur Ankh, ce qui est tout de même plus sympa que Georges ou Roger, disons. Monsieur Ankh, comme son nom l’indique, arbore fièrement un t-shirt avec une magnifique croix égyptienne (ou bien un pendentif en argent, c’est selon son humeur). Et comme son nom ne l’indique pas, un regard à faire pâlir le bovin moyen qui regarde passer les trains, le sourire niais du mec qui n’est jamais redescendu de son dernier trip d’acide en 1995, du maquillage qui coule et une calvitie précoce.

Monsieur Ankh hante la piste toute la soirée, pourtant il ne danse pas, à moins que sa démarche vacillante et mal assurée d’homme ivre ne constitue son seul talent en la matière (ce qui est bien possible). Monsieur Ankh, donc, ne danse pas. En revanche, il drague – du moins, il tente, ou alors c’est un rituel de socialisation dont les codes sont encore inconnus de tout le monde à part lui (ce qui est possible aussi). Ses méthodes sont d’une simplicité et d’une inefficacité désarmantes : se coller à moins de trente centimètres de la victime non consentante, bras ballants et sourire béat, de préférence dans son dos pour qu’elle n’ait même pas la possibilité de se retourner pour se soustraire à sa vue.

Méthode préconisée pour le repousser : danser collée-serrée avec la première âme charitable qui se présente à vous – souvent une autre victime du monsieur, car il n’est guère regardant sur la quantité – et ce, jusqu’à ce qu’il se lasse et parte en quête d’une autre proie. Qualités appréciables dans ce genre de situation : beaucoup de patience, car Monsieur Ankh est tenace et capable de revenir à la charge pas moins de vingt fois dans la même soirée, un regard hautain et méprisant (n’est-ce pas, Ana ?), voire ne pas avoir peur de rouler sauvagement une pelle à la personne avec qui vous êtes en train de danser.

Avec un peu de chance, il vous lâchera sur le coup des quatre heures du matin (mais vous ne savez pas si c’est parce qu’il s’est enfin résigné, ou si c’est parce qu’il est trop saoul pour persévérer). Et si vous êtes très chanceuse, Monsieur Ankh aura même trouvé une partenaire la prochaine fois que vous le verrez. Si, si, ça a été constaté, apparemment il existe des spécimens féminins suffisamment altruistes (ou désespérés) pour envisager de se reproduire avec lui, notamment en soulevant carrément sa jupe sur la piste de danse en face de lui – et de vos yeux horrifiés : si ça se trouve, dans vingt ans, votre fille (ou votre fils) aura à traiter avec la nouvelle génération. My Dave.

Le second spécimen de MDF se déplace en banc, comme les sardines. Inoffensif au premier abord, sa chemise sobre, son pantalon sage et son look de crevette anémiée passent quasiment inaperçus aux yeux de la proie innocente et néophyte en matière de boulets. Il pourrait même sembler sympathique, avec son air un peu perdu de celui qui s’est fourvoyé dans une soirée dont il ne connaît visiblement pas les codes.

Et c’est bien là qu’est le drame, l’erreur fatale qui peut vous perdre et gâcher sa soirée (et accessoirement la vôtre). Car ce MDF là ne sait visiblement pas ce qu’est une soirée goth. Et malheureusement pour vous, ce qu’il en a entendu n’a manifestement rien de flatteur pour les gens qui les fréquentent. Ce MDF là est venu ici parce qu’on lui a dit que les filles étaient sexy et généralement fort peu vêtues – ce qui est souvent vrai – qu’elles dansaient de façon provocante et aguicheuse – ce qui l’est aussi – que les gens y étaient la plupart du temps bourrés comme des coings – ce qui est toujours vrai – et que ça passait son temps à se rouler des galoches sur la piste de danse – une fois de plus, souvent véridique. Ce MDF en a donc conclu que ça baisait dans tous les coins et que les filles étaient de vraies chaudasses, en somme des proies faciles à lever. Ce qui est, bien évidemment et hélas pour lui, totalement faux.

Ainsi donc, la force du préjugé et l’image encore peu reluisante d’un milieu toujours méconnu du citoyen lambda a poussé ce MDF en manque de sensations fortes et piqué par une curiosité malsaine à venir s’aventurer dans des contrées qu’il imagine excitantes et dangereuses. C’est de cette façon qu’il se retrouve, en compagnie de ses copains d’infortune, au milieu d’une piste de danse envahie par d’étranges créatures en noir qui se déhanchent lascivement au son d’une musique barbare, à se demander ce qu’il fout là et à siroter nerveusement sa bière (il n’a que peu confiance dans les cocktails délirants qu’on lui a proposé au bar). Mais après tout, il est là pour tirer, et puis, c’est un mec, oui ou merde ?

Ce MDF finit donc par se décider à passer à l’action. Comme il est courageux mais pas téméraire, il optera néanmoins pour la prudence : n’osant pas s’approcher de cette grande perche hystérique juchée sur talons aiguilles et vêtue d’un corset en vinyle par trop extravagant (et dont il n’est même pas sûr qu’il s’agisse d’un garçon ou d’une fille, même si en réalité ça le fait fantasmer à mort), il préférera reporter son attention sur vous et vos amies, celles dont les vêtements et le maquillage seraient presque sages en comparaison. La solution de facilité, celle qui rassure parce que plus proche de sa normalité à lui. Et comme il veut être certain de ne pas louper son coup, il n’agit pas seul (pour se prendre un râteau et se faire humilier, et puis quoi encore ?).

Méthodes de drague utilisées : l’encerclement à plusieurs et l’attaque pieuvresque. Décrivons le processus : tout en continuant à boire sa sempiternelle bière, le MDF en banc se rapproche insidieusement de sa victime, tout en se dandinant mollement pour leurrer son adversaire et lui faire croire qu’il danse, et par un habile mouvement tournant de ses troupes (ses potes MDF, donc), parvient à acculer sa proie à l’intérieur d’un cercle, ce qui a pour conséquences de l’empêcher de s’échapper avec une pirouette. Puis vient la seconde phase du processus : le MDF a remarqué que la victime aimait danser en se collant à ses partenaires, il pense donc pouvoir profiter impunément de cette capacité au contact facile et passer à l’attaque. La proie aura donc la désagréable surprise de sentir sur son popotin des doigts non désirés, ou encore une paire de bras encercler sa taille (toujours par derrière, car le MDF a en commun avec ses congénères de ne jamais attaquer de face, comme le grand courageux qu’il est).

Méthode préconisée pour le repousser : la baffe dans la gueule. Malheureusement, ce n’est pas très politiquement correct et pourrait gâcher l’ambiance festive de la soirée. Le mieux reste encore de repousser le spécimen poliment mais fermement, en joignant éventuellement le geste à la parole : comme le MDF n’a bu que de la bière, il n’est peut-être pas encore assez bourré pour ne pas comprendre le mot « non ». Cela aura pour avantage de vous assurer une relative tranquillité (jusqu’au prochain boulet), en revanche le MDF repartira frustré en répétant à qui veut l’entendre que les gothiques ne sont que des salopes et des allumeuses. Tout bien réfléchi, ce n’est pas une grande perte, car s’il était parvenu à ses fins, il aurait répété à qui veut l’entendre que les gothiques ne sont que des salopes (encore) et des filles faciles. Qualités appréciables dans ce genre de situations : un petit copain ou un ami qui fera office de garde du corps (surtout s’il est costaud et mesure plus d’1m90), et qui rendra possible et plus efficiente l’option roulage de pelle – le faire avec une amie peut s’avérer à double tranchant, le MDF risque s’apprécier le spectacle et de se sentir émoustillé, à moins que vous ne réussissiez à lui faire comprendre que vous êtes réellement lesbienne et pas bisexuelle adepte des plans à trois, ce qui n’est pas forcément gagné.

Le troisième spécimen de MDF observé sera surnommé Monsieur Sans-Gêne. Monsieur Sans-Gêne n’est pas vraiment méchant, il n’est pas non plus un newbie qui découvre les soirées goth. C’est juste un mec un peu paumé qui doit probablement se sentir un peu trop seul et qui cherche désespérément à parler avec quelqu’un – ou bien alors ça fait juste six mois qu’il n’a pas trempé sa nouille et comme il n’est pas affublé d’un physique très avantageux ni d’un look très délirant, il en est réduit à essayer de draguer par la parole. Ce qui serait une très bonne idée, s’il avait trouvé une accroche un peu subtile. Ce qui, hélas, vous vous en doutez bien, n’est pas le cas.

Méthodes de drague utilisées : s’immiscer dans la conversation de ses victimes en tentant de paraître drôle et sympathique – mais sans même s’excuser, saluer ou se présenter, ce qui gâche un peu l’effet. Lorsqu’il voit qu’il ne récolte que des haussements de sourcil incrédules, il décide de passer à la vitesse supérieure et de carrément vous prendre pour la serveuse du bar en vous demandant de lui commander un verre. Technique secrète spéciale : la phrase d’accroche la plus nulle jamais entendue en plus de huit ans de soirée goth, à savoir « excuse-moi, je ne voudrais pas passer pour le gros dragueur lourd de base, mais ta casquette de l’armée russe, tu l’as trouvée où ? » (oui, donc, vous l’aurez compris, c’est tombé sur moi).

Méthodes préconisées pour le repousser : l’ignorer purement et simplement. En cas d’attaque frontale (vous noterez que celui-là a au moins la décence de venir vous parler en face – cela dit, comme il vous coince entre lui et le bar, il n’a guère de mérite), répliquez « je ne sais pas, cette casquette/cette cravate/cette chemise/etc. est à mon mec » et barrez-vous, votre verre à la main, sans un regard pour lui. Vue la tronche qu’il tire à la mention de l’existence d’un petit ami, vous pouvez être sûre qu’il n’en a strictement rien à branler de la provenance de votre casquette. Vous aurez été impolie, mais au moins celui-là vous laissera tranquille pour le reste de la soirée. A noter : l’existence effective d’un petit ami présent à la soirée, ou d’un ami pouvant faire office de leurre, est hautement recommandée si vous souhaitez éviter les regards noirs et haineux à chaque fois que vous repasserez devant lui (et qu’il aura enfin réussi à se payer sa vodka, l’alcool rendant parfois mauvais).

La prochaine fois, si vous le voulez bien, nous aborderons le sujet de l’ex bourré encore amoureux de vous qui vous fait une crise de jalousie alors que vous sortez des toilettes.

C’était Myschka, en direct de Boulet City, à vous les studios.

Posté par Myschka à 07:35 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires sur Boulet City II, le retour du fils de la vengeance

    De l'inutilité des boulets de service.

    Hahaha, c'est cru mais hautement véridique, ce tableau que tu viens de nous peindre. Quand je pense que ce lièvre de Monsieur Anhk a -enfin- réussi à lever sa hase (Je demande un vote à main levée, qui ici aurait répondu une levrette ? Non, parce que cela a été vu, hein...Mais en provenance du Maillon Faible), en toute franchise, cette fille était, soit en manque, soit complètement ivre...parce que le boulet...Je me souviens encore de son regard vitreux, le mec était complètement cambré, le ventre en avant, avec, effectivement, les bras ballants, comme s'il était complètement anhkylosé (Oh oh oh, ok, je sors ---> >_<).

    Eh bien, en effet, mieux vaut aller en boite avec une personne digne de défendre (Ou pas), la vertu de la pauvre victime innocente qui n'a rien demandé. C'est quand même dingue de ne pas pouvoir être tranquille lors de ces soirées où l'on ne demande rien d'autre que d'être entre potes pour danser.

    Je n'avais jamais testé le MDF en banc de sardines (Et là, espèce de garce, je te maudis, parce qu'à cause de toi, j'ai dû me planquer derrière le pc pour ne pas me faire griller au boulot complètement pliée en deux, grrr), mais il a l'air impressionnant de connerie, lui.

    Ca promet, mais bon, dans ce genre d'endroits et avec les idées préconçues de certains escargots anémiés qui trainent "de nos jours", on est obligé de composer avec des boulets pareils.

    Joli récit, huhu

    Bisous,

    Ana.

    Ps : Oui, le regard méprisant, j'ai testé sur Mr. Anhk, mais il faut croire que cela ne l'a guère démonté -_-'

    Posté par Ana, 30 janvier 2007 à 10:44 | | Répondre
  • Merci pour cette note ma chère Myschka, effectivement ces MDF méritent amplement d'entrer dans les archives du CCC afin de prévenir les générations futures...

    Je me permettrai d'ajouter à cette note, le spécimen du MDF croisé entre un geek et le type bourré que l'on connait (trop) bien.
    Sa technique d'approche se fait par le côté (notez la subitilité) et l'on pourrait presque croire qu'il fait partie de l'espèce des types complètement bourrés qui ne savent plus où ils sont, s'il n'avait pas ce regard parfaitement bovin ou bien tenant du chien affamé regardant une vitrine de boucherie, un mince filet de bave coulant de ses lèvres entre ouvertes (et ce n'est pas qu'une image). Contrairement à ses congénères, il n'est pas là pour tirer un coup (ou alors il s'y prend encore plus mal que les autres), il est là, vacillant d'avant en arrière, collé à votre jambe, rien de plus. S'il est moins dangereux il n'en est que plus collant, si vous l'éloigniez il ira se coller à votre amie la plus proche et la manière de l'éradiquer la plus efficace reste encore le coup de postérieur admirablement placé l'envoyant valdinguer sur la banquette où il s'endormira paisiblement (ou presque).

    Je dirai bien vivement la prochaine, mais je me demande quelles espèces nous risquons encore de découvrir à notre plus grand malheur...

    Parce que bon, une fois, ça serait tellement agréable de pouvoir danser SEULE quand on en a envie... -_-"

    Bisous.

    Maléfique.

    Posté par Malefique, 30 janvier 2007 à 11:07 | | Répondre
  • Chérie, tu te plains, mais toi au moins, il t'as adréssée la parole; toi, t'as pas eu droit a l'inoportune paire de mimines qui se pose sur tes hanches alors que tu sais même pas qui est dérrière toi (et là, oui, un ami est plus que très utile...heuresement que mon petit saut de gazelle est passé inaperçu -_-...

    Quand à la copine de Mr Ankh, que je n'ai eu l'occasion de voir qu'à cette soirée, m'est avis qu'elle était et bourrée et au déséspoir de se faire sauter (otez moi la vision d'horreur du relevage de jupe, par pitié).

    Comme dis Maléfique, attendons de voir ce que nous reserve la prochaine...(rah, j'avais presque réussi a oublier le geek T-T)!

    Posté par Mi, 31 janvier 2007 à 13:46 | | Répondre
  • Encore une fois Myschka, tu nous a éblouis avec ton style cynique et ta verve sans pareille. Et tu nous as aussi fait peur.En effet, la multiplication de cette catégorie de personnage me parait plutôt inquiétante. Ce sujet d'étude (les MDF, que j'ai surnommé les papiers tue-mouches, car ils sont collants, en général pas beaux à voir, et toxiques en plus)méritait néanmoins d'être approffondi.
    Merci donc, car tu auras donné de ta personne (au propre comme au figuré) pour compléter cette cosmogonie du connard de base (boulet, lourdaud, MDF...), qui est d'utilité publique.

    Je trouve que M. Ankh et Tornade ("l'abominable Yéti des soirées goth") ont des gènes communs, ce qui est passablement inquiétant ... En effet cette façon de s'approcher sournoisement et de se coller à toi par derrière, eh bien c'est une méthode qu'ils partagent tous les deux. On est en droit de se demander s'il n'existe pas de cours spéciaux voire des diplômes, de drague lourde, sournoise et malhabile? (oui je sais je parle par euphémisme, j'adore ça).
    En tout cas, la multiplication de ces incidents donne de moins en moins envie d'aller en soirée goth, même si comme toi, j'adore danser.
    Déjà à l'époque où je les fréquentais assidûment (pas si lointaine que ça, mauvaise langue!)nous adoptions la méthode "char d'assaut" qui consiste à danser de manière assez frénétique (si c'est du Ministry, ça va, si c'est du Cure c'est plus foireux...) , les coudes levés, en défenses de tes hanches et les poings serrés, lorsque le dragueurs se profilait à l'horizon. C'est pas très poli, c'est assez barbare mais ça marche; le sujet n'arrive pas à approcher à moins de 60 cm de toi; c'est assez pratique quand tu n'as pas d'ami(e)à proximité, pour te sauver la vie en te roulant une pelle.

    Posté par mistinguette81, 02 février 2007 à 13:43 | | Répondre
  • tiens, j'en connais quelqu'un des comme ca...


    merci pour le topo, au moins on sera un peu mieux préparée la prochaine fois!
    (tiens, etonnant, j'ai plus envie d'aller en boite moi.... -_-")

    Posté par isie, 22 février 2007 à 17:12 | | Répondre
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